Culture de prévention et PNST4

Atention danger
australie

Quel culture de prévention pour le PNST4 ?

Le directeur de l’INTEFP, Hervé LANOUZIERE, s’est ouvert au jeu des questions/réponses pour le site prévenscope début septembre. Il y évoque la place de la culture de prévention dans le nouveau Plan National Santé Travail. J’ai voulu, à travers cet article compléter ma vision de la culture de prévention et rebondir ainsi sur les éléments de cet interview.

entretien prévenscope – septembre 2022

Une /des cultures de prévention ?

Le terme culture de prévention s’affiche nouvellement dans les médias et j’en suis ravi.

Historiquement, les entreprises parlent plutôt de culture de sécurité voire de culture du risque. Ce n’est pas anodin et c’est le reflet de l’histoire.

Les premiers à parler de culture de sécurité sont les industries à risques (pétrochimie, chimie et nucléaire). Le petit robert indique pour l’une des définitions de « sécurité » : « Absence ou faiblesse relative d’accidents« .

L’enjeu est important pour ces entreprises. L’accident de process équivaut à une destruction potentiellement majeure de l’outil de travail avec des conséquences humaines intra voire extra professionnelles. Ces entreprises présentent aujourd’hui des niveaux de sinistralité humaine faible (Tf<5) avec, toutefois, des accidents majeurs réguliers (3 à 5 ans) engendrant des décès. La culture de sécurité (dans ce cas) peut se comparer à la culture de sécurité sanitaire dans les entreprises agro-alimentaires.

Sûreté de fonctionnement plutôt que culture de sécurité ?

Dans ces entreprises de process, la priorité historique se trouve dans les matériels et équipements utilisés. On chercher la fiabilité et donc les ingénieurs travaillent sur la sûreté de fonctionnement dès l’après guerre avec un âge d’or dans les années 1960-70.

On pourrait d’ailleurs parfois plutôt évoquer la sûreté de fonctionnement comme premier levier de la culture de sécurité dans ce cas.

Les mesures organisationnelles sont primordiales pour maintenir le niveau de sécurité espéré (contrôles, durée de vie, maintenabilité, …). La dimension humaine est, ici, experte et formée régulièrement aux dysfonctionnement pour savoir agir et réagir. Elle intervient en situation d’urgence vis à vis de la sécurité. Du point de vue humain, les risques sont portés principalement lors des interventions de maintenance et arrêt technique.

Schématiquement, je propose d’illustrer les process à risques avec une part plus importante sur la technique que sur l’Humain.

Culture de prévention dans les industries manufacturières.

La culture de sécurité dans les industries manufacturières n’a pas le même écho. Et c’est pour cela que je préfère parler de culture de prévention « Ensemble de mesures préventives contre certains risques » – dixit #lepetitrobert.

Ces entreprises peuvent également présenter des risques majeurs, voire être classées #SEVESO pour des stockages ou autre. Toutefois, le cœur de métier tourne autour du travail physique des Hommes et Femmes qui les composent.

Lorsque l’on évoque les sujets de prévention des risques et de santé – sécurité au travail, le risque majeur se trouve porté par les personnes composant l’entreprise. Un accident, même majeur, aura peu de risque de sortir de l’entreprise (y compris dans les IAA où les quantités de NH3 ont fortement diminués depuis 15 ans). On axera ici les démarches de culture sur les équipes.

Parfois, l’enjeu majeur se trouve d’ailleurs plus sur la santé que la sécurité des équipes. C’est particulièrement vrai dans les entreprises fortement « consommatrices » de main d’œuvre. Si l’accident du travail est présent, l’enjeu moyen-long terme se situe sur le risque de maladie professionnelle et l’usure professionnelle. Aussi, les équilibres bougent pour la culture de prévention vis à vis d’une entreprise de process à risques. Aussi, j’ai tendance à majorer la dimension organisationnelle dans ces entreprises comparativement aux premières.

équilibres d’une culture de prévention manufacturière

Comme souvent, il n’existe pas une recette de culture de prévention mais plutôt des ingrédients communs à quantifier et adapter au contexte de l’entreprise.

La culture de prévention n’est donc pas unique que ce soit dans les approches techniques, organisationnelles ou humaines. Je vous invite donc à travailler votre propre situation avant d’engager toute démarche de fond sur le sujet.

Évaluer pour se lancer vers une culture de prévention

Évaluer sa situation c’est :

  • S’assurer du soutien de votre dirigeant et de l’équipe dirigeante en général (sinon passez votre chemin).
  • Regarder avec honnêteté son passé (sinistralité humaine et matérielle) avec un point d’attention sur les risques santé (MP, arrêts courts, …).
  • S’appuyer sur son EvRP, document unique et tout élément existant d’évaluation des situations à risques.
  • Pointer les réglementations importantes voire vitales pour son activité.
  • Connaître les perceptions des équipes terrains et managériales sur ce sujet.
  • Enfin et selon son propre réseau, regarder et échanger pour un retour d’expériences croisées (entreprises du même secteur ou non).

Évaluer sa situation « culture de prévention » avec quels outils ?

Pour le dirigeant : au-delà des discours ; porte-t-il des actes concrets sur le terrain et est-il exemplaire (visites de sécurité, port des EPI, routines prévention, investissements actifs en prévention, … ) et la prévention des risques a-t-elle sa place auprès du comité de direction?

La sinistralité : C’est, au minimum récupérer un historique de tous les événements corporels sur 5 ans qu’ils aient donné lieu à déclaration ou non (autant les AT que les MP). Le traitement des données inclut nécessairement les coûts, à travers, a minima, les cotisations AT-MP, taux et cotisations versées (une évaluation des coûts indirects est toujours bienvenue)

L’EvRP et le document unique sont trop souvent discrédités par leur manque d’opérationnalité.

C’est un fait. cet outil est parfois devenu illisible au fil du temps. Les auditeurs MASE et OHSAS puis ISO n’y sont pas étrangers. Ils ont réclamé des critères supplémentaires à travers des justificatifs inutiles (le record de champs utilisés pour un document unique que j’ai vu était de 52 sur un tableau excel… imaginez de A à AZ en colonnes). Si le document unique est central dans la logique de prévention, il doit rester accessible à toutes les personnes de l’organisation concernée. L’essence même du document unique se trouve dans le triptyque [situation à risque ; mesure de prévention ; plan d’action]. Les éléments de cotation sont à simplifier à l’extrême (on évite les équations à 10 inconnues!).

Pointer la réglementation peut s’apparenter à un véritable calvaire pour certaines ou certains préventeurs et pour d’autres un vrai plaisir. Ici encore, les solutions sont multiples que ce soit à travers un abonnement à une veille réglementaire (elles sont multiples – organismes type BV, Norisko, APAVE ou Tennaxia) ou un état des lieux grâce à CodIt :

https://travail-emploi.gouv.fr/demarches-ressources-documentaires/documentation-et-publications-officielles/article/codit
CodIt – lien

Comment collecter les perceptions des équipes de terrain et managériales sur la prévention des risques? Pour ce sujet, les supports existent mais ils sont souvent payants car administrés par des sociétés comme la mienne. Il est possible pourtant de collecter des informations fiables et pertinentes et s’appuyant sur des questionnaires issus de l’ICSI, de la thèse d’Havold sur la culture de prévention dans le domaine maritime voire collecter quelques supports au Québec ou aux royaumes-unis auprès des équivalents de notre INRS.

Enfin, les échanges d’expériences et le benchmark sont des outils primordiaux et les plus forts pour progresser. Ils trouvent leur plus grande pertinence dans des activités souvent très différentes à celle que l’on a. Car il s’agit de s’inspirer de ce que l’on voit et non de copier ce qu’une société similaire a mis en œuvre (ne pas oublier dans ce cadre également les salons -Préventica, expoprotection- et conférences (INRS, Eurogip, DARES, …)

Et donc, la culture de prévention et le PNST4 !

Un portrait rapide de ma vision de la culture de prévention montre que l’engager demande une approche relativement systémique des risques et de l’entreprise.

On ne peut pas accompagner une entreprise dans ce domaine sans avoir cette vision complète au risque d’une approche extrême sur un point plutôt qu’un autre. Je crains les approches uniquement basées sur le comportement des opérateurs de premier rang (BBS). Dans ces approches l’Homme est le maillon faible, il est la cause de l’erreur ou du dysfonctionnement face au risque et l’accident. De mon avis et tenant compte des éléments de fiabilité humaine reconnus (je vous invite à regarder la biblio sur ce blog), l’Homme est surtout un formidable récupérateur de dysfonctionnements, des choix et orientations imposés de fait par l’entreprise.

Aussi, à l’instar de M. LANOUZIERE, je pense que les services de santé et de prévention au travail sont trop éloignés de cette approche de culture de prévention. Les approches juridiques et médicales freinent la prise de recul pour un accompagnement pragmatique. Et sans faire d’une particularité une généralité, dans mon département, une conférence s’organise, ce jour, sur la santé au travail et la culture de prévention par le services médical interentreprise… les intervenants sont juristes et avocats !!! et aucun préventeur du service.

A votre écoute.

Jerome

je vous associe un article sur le préventeur qui me semble bien compléter le texte ci-dessus.

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