Amiante, risque durable

Le sujet de l’amiante a été mis sur l’avant de la scène à travers deux actualités récentes.

Cette tragédie sanitaire est à l’origine des évolutions réglementaires actuelles sur la traçabilité des expositions. Un document unique conservé 40 ans, l’évaluation des risques liée aux combinaisons d’expositions aux ACD, … Ce sont les bases d’une réglementation qui risque de figer la prévention par une approche trop juridique. Les EPI sont souvent la première pierre de la prévention malgré leur position dans les principes généraux de prévention. Aussi, nous, les préventeurs, avons encore un gros travail à faire auprès des instances de gouvernance d’entreprises.

Si la dimension politique du projet « traçabilité » est positive sur l’objectif de prévention, les entreprises orientent leurs démarches de prévention sur le zéro accident à tout prix. Peu d’entre elles, entreprises et collectivités, travaillent sur la réalité des impacts à long terme des conditions de travail (physique, chimique, biologique).

Risque amiante

  • le film actuellement disponible sur ARTE
  • la publication de l’ANSES

amiante histoire sans fin
film arte tv – extrait du film

https://www.anses.fr/fr/amiante-cancers-ovaires-larynx

L’amiante, bien que tragique, est un cas d’école sanitaire sans frontière entre le monde professionnel et la vie publique. Le risque est naturel à la base. L’exploitation que nous avons fait de cette roche est devenue un enjeu sanitaire mondial

Si l’Europe a suivi l’Islande qui avait été précurseur sur le sujet de l’interdiction (1983), nous avons toléré cet usage pendant de trop longues années (enjeu économique et politique non assumé sans doute).

Aujourd’hui encore, en Asie, assez largement, ainsi qu’en Russie, l’amiante est toujours exploitée et/ou autorisée.

Des pays comme la Nouvelle-Zélande ont été plus tardifs à inscrire une réglementation d’interdiction totale (2016), le Canada (2018) – tout en autorisant l’exploitation de résidus minier pour en extraire le magnésium... –

L’histoire de l’amiante et de ses impacts sont recensés sur le site de l’INRS (https://www.inrs.fr/risques/amiante/historique-problematique-amiante.html ). La chronologie mériterait une mise en parallèle aux enjeux économiques des différentes époques..

Je vous incite à regarder les vidéos intégrées dans un article que j’avais rédigé en 2018. Vous y retrouverez des éléments également abordés dans le film actuellement sur ARTE TV. Ils retracent l’évolution culturelle et de perception autour du risque amiante lorsqu’un enjeu économique trouble la vision du risque réel.

histoire de l’amiante en France – cas du site de Canari

Enjeux de l’amiante

L’amiante touche les travailleurs mais également les populations à proximité des lieux d’exploitations. En cela c’est un enjeu de santé publique. C’est également un enjeu de santé publique à travers les toitures, les colles, les canalisations, …, contenant de l’amiante liée.

Si les professionnels (entreprises, collectivités) font appel à des entreprises spécialisées pour les travaux de retrait, déconstruction ; les particuliers peuvent intervenir sans protection sur leurs installations. Le risque n’est pas appréhendé à son juste niveau => le risque de santé publique stagne.

L’enjeu est également financier pour toute structure qui a eu à « désamianter » une installation, déconstruire une toiture, retirer des dalles, … Avec de fortes contraintes sanitaires les entreprises autorisées en font également un business avec des coûts de 1 à 3 (sur plusieurs dossiers que j’ai gérés). Cet enjeu, on le trouve également à travers les milliers de tonnes enterrées dans l’attente de « traitement ». Elles restent la « propriété » du producteur… Les diagnostics amiante ne sont pas encore généralisés (absence de contrôle).

Ce sujet revêt également un enjeu d’innovation quant à l’inertage, la suppression du danger dans le traitement de ce produit. Si le vitrification semblait une voie possible, son passage à la dimension industrielle ne s’est jamais concrétisé même si « Inertam » (https://www.inertam.com/) semble s’être relancée en 2020. La crise de l’énergie risque de stopper violemment ce type d’entreprise fortement consommatrice d’électricité par son process (torche à plasma).

Aujourd’hui, on peut être optimiste en regardant la fin de l’utilisation de l’amiante dans de nombreux pays. Cela a un impact direct qui diminue sur les travailleurs au fil des ans.

D’un autre côté, nous acceptons/imposons ce risque dans de nombreux pays et peut-être se trouve-t-il toujours importé à travers certains équipements ou matériaux que nous ne maîtrisons pas?

Si le monde professionnel semble plutôt bien appréhender ce risque (je ne suis pas certain de l’appréhension par les plus jeunes! – il s’agit d’un sujet qui semble s’éloigner du quotidien). Nous avons encore un très gros travail de sensibilisation auprès de l’ensemble de la population (propriétaire de bâtiments habitables ou non) sur les risques, les mesures de prévention et de protection et ce, sans doute pour quelques dizaines d’années…

Belle fin de semaine

Jerome

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