La polyexposition

polyexposition

Mots-clefs : Anses, plan santé travail, polyexposés, polyexposition, types de contraintes 

L’Anses a publié en septembre 2021 le rapport « Plan Santé-Travail 3 ». Ce rapport correspond à un travail réalisé en deux étapes : 

  • Identification des facteurs de polyexposition 
  • Identification des secteurs d’activité / situations de travail les plus exposés à des contraintes multiples 

Qu’est-ce qu’une personne polyexposée ?

On dit d’une personne qu’elle est polyexposée lorsqu’elle est exposée à au moins deux contraintes de même catégorie ou non au cours de sa carrière professionnelle. 

Les types de contraintes

Sur la base de l’enquête SUMER 2016-2017, 39 indicateurs d’exposition ont été établis puis regroupés dans 5 catégories : 

  • Organisationnelles
  • Relationnelles 
  • Physiques
  • Chimiques 
  • Biologiques
Synthèse des 39 indicateurs d’exposition répertoriés dans les 5 catégories de contraintes. (Source : rapport Anses)

La synthèse est donnée ci-dessous. 

Est-ce que tous les salariés subissent une polyexposition ?

Le rapport a été réalisé à partir des données extraites de 26 494 salariés. Ces salariés travaillent dans les secteurs privé et public (à l’exception des non enseignants, des indépendants et des personnes embauchées par des particuliers). Sur les 26 494 salariés 99,7 % sont exposés à au moins une catégorie soit presque la totalité des salariés interrogés. Il en ressort que les hommes sont légèrement plus exposés que les femmes (99,7 % contre 99,5 %). La différence n’est cependant pas significative. Concernant la polyexposition, la quasi-totalité des salariés est également exposée à au moins 2 indicateurs de contraintes (97,1 %). L’écart entre les hommes et les femmes se creuse (97,6 % contre 96,4 %). En moyenne, un salarié est exposé à 7,3 ± 3,8 contraintes.  

À partir des données recueillies, des profils au nombre de 12 ont été réalisés. 

Les profils

Les 12 profils de polyexposition. (Source : Rapport Anses) 

L’analyse met en avant 12 profils de travailleurs polyexposés par plusieurs indicateurs au sein d’une même catégorie ou plusieurs. Le profil A « Travail peu exposé, faible soutien social » regroupant 37 % des sondés est le seul composé uniquement d’une seule contrainte sur-représentée appartenant à la catégorie relationnelle : faible soutien de la part de ses collègues ou supérieurs. Cela peut se traduire par les tâches de management d’équipe et les hautes fonctions auxquelles sont affectés les salariés de ce profil. 

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Une contrainte est dite sur-représentée lorsque que le pourcentage de l’effectif du profil vis-à-vis de la contrainte est supérieure ou égale à celui de l’effectif total interrogé pour cette même contrainte. Dans le cas contraire, la contrainte est sous-représentée. Elle sera dite structurante si 100 % de l’effectif du profil y est soumis.  

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Les autres profils sont composés d’au minimum cinq contraintes sur-représentées. La synthèse des profils est donnée dans le tableau et le graphique ci-dessous.

Le profil J fortement représenté par le personnel de santé est celui cumulant le plus de catégories de contraintes. En effet, les salariés de ce profil sont exposés aux cinq catégories avec un total de 12 contraintes dont 6 pour l’organisationnelle. Il est suivi des profils F, K et L avec quatre catégories de contraintes orientés principalement biologiques et relationnelles. De plus, des contraintes chimiques et physiques sont également constatées dans ces profils. Les profils C, E, H et I sont liés à trois catégories de contraintes : relationnelle, chimiques et physiques. En ce qui concerne les profils B et G sont sur-représentés dans les catégories organisationnelles et relationnelles. 

Pour les profils A et B (respectivement 37 % et 18 % des sondés) correspondent à plus de la moitié de la population. Ils sont majoritairement représentés par des salariés issus de catégories socio-professionnelles élevées et travaillant au sein de bureaux. 

Les profils C, E, F, H, I et K à l’exception des profils J et L liés à plusieurs contraintes physiques recensent plus d’hommes que de femmes. Les salariés de ces profils travaillent dans des milieux étant réputés à forte présence masculine (BTP, mécanique, maintenance etc.). 

Tableau – Synthèse des 12 profils. (Sources : Rapport Anses) 
CSP : Catégorie socio-professionnelle. 

Représentation du nombre de contraintes par catégorie et des effectifs des profils A à L. 

Focus sur la catégorie organisationnelle  

La catégorie organisationnelle est la plus exposante avec 25 208 salariés sur 26 494 soit 95,1 %. Cette contrainte est présente dans 11 des profils réalisés par l’Anses. Elle touche toutes les catégories socio-professionnelles et les familles professionnelles. Elle est scindée en 6 composantes : horaires, rythme, moyens humains et/ou matériels, exigences, autonomie, et modification (cf. synthèse des 39 indicateurs d’exposition). L’indicateur le plus élevé est la « faible autonomie dans le travail » ressenti par 52,3 % des salariés. Il est suivi des indicateurs « Rythme de travail imposé » (33,2 %) et « Objectif chiffré individuel à atteindre » (32,7 %). Le manque d’autonomie, le rythme et les exigences sont les principales composantes contraignantes de cette catégorie.  

À noter deux différences majeures entre les hommes et les femmes :  

  • La polyexposition relationnelle est plus importante chez les femmes (49,3% contre 43,1 %) 
  • La polyexposition physique est plus importante chez les hommes (20,8 % contre 7,7 %) 

Ces deux catégories relationnelle et physique représentent les plus grands écarts hommes-femmes de l’enquête. 

Est-ce qu’il y a des secteurs exemptés ?  

L’ensemble des secteurs sont concernés par la polyexposition. Ce qui diffère d’une personne à une autre est le croisement des expositions. Cette différence s’explique par l’environnement de travail et l’activité réalisée par le salarié. Les profils A et B représentant plus de la moitié des salariés interrogés sont spécifiques aux activités de travail de bureau et transverse. Les autres profils sont spécifiques à certains domaines. 

Quelle suite pour la prévention ?  

La mise en lumière de la polyexposition des salariés par ces 12 profils illustre qu’une personne est exposée à plusieurs contraintes à la fois. Cela démontre l’importance de prendre en compte la globalité des expositions dans la prévention. Le rapport de l’Anses met en avant cinq contraintes : chimiques, biologiques, physiques, organisationnelles et relationnelles dont les deux dernières sont moins perceptibles. En revanche, les interactions entre les expositions et leurs influences les unes sur les autres ne sont pas mise en avant. 

Ainsi, le constat est le suivant, la contrainte organisationnelle est présente au sein de tous les profils à l’exception du profil A. Par ailleurs, il s’agit certainement de la contrainte sur laquelle nous devons nous pencher davantage afin d’améliorer la santé au travail des salariés. Les contraintes chimiques, physiques et biologiques sont plus spécifiques et ne se retrouve que dans certains métiers. De plus, il en est de même avec les contraintes relationnelles présentent dans 5 profils. 

Les contraintes organisationnelles et relationnelles touchent à l’humain. En conclusion, ce sont des comportements difficiles à changer mais sur lesquels il faut travailler. 

GRIPHE Conseil

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