Protocole sanitaire pour la réouverture des écoles maternelles et élémentaires. Appel aux préventeur(e)s

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APPEL AUX PREVENTEUR(E)S ET AUX ECOLES FORMANT DES PREVENTEUR(E)S. Protocole sanitaire pour la réouverture des écoles maternelles et élémentaires.

Le 12 mai, nous allons faire porter la reprise sur nos enfants, les enseignants et les collectivités locales.

L’éducation nationale ne possède aucune organisation en matière de gestion des risques, pas plus qu’en santé et sécurité au travail.

Un(e) enseignant(e) n’a aucun référent professionnel à sa disposition dans les domaines de la prévention des risques professionnels. Il n’existe aucun suivi médical dans l’éducation nationale pour ses équipes. Cherchez les préventeurs, vous ne les trouverez pas.

Ce sont des sujets traités quasi exclusivement par la relation syndicale entre employeurs et agents syndiqués. Un empilement de contraintes qui sont auto-administrées rendant impossible l’efficacité et surtout l’efficience sur le terrain. Les échanges tournent autour des problèmes mais rarement autour des solutions, on aborde la prévention par la contrainte et non par l’enjeu (humain)…

Le mammouth très souvent mis en avant est loin de l’agilité demandée aux organisations françaises en ce moment.

Le protocole sanitaire de 54 pages, (63 dans la première version) proposé ce dimanche 3 mai et à disposition le 4 mai sur le site du ministère explique la complexité de l’approche. Un manque de pragmatisme certain et une absence aux réponses réelles de fond.

De la page 4 à la page 11, tout est dit. Pour autant, ce guide compte 54 pages ???

Pourquoi ?

Je m’autorise à penser que la répétition fixe la notion ou alors ne serait-ce pas : « la répétition noie le poisson ! »

Alors que les communications nationales mettent en avant l’importance des gestes barrières, on va demander à des enfants de respecter des règles que parfois leurs parents ou leurs grands parents ne respectent pas !

J’ai reçu de nombreux témoignages sur des apéros entre amis, des parents qui disent ouvertement devant leurs enfants qu’ils ne porteront pas le masque, des familles entières qui se sont rendues voir leurs parents et grands-parents en période de confinement… On m’a interpellé sur le port du masque alors que personne n’en avait autour de moi… et que dire de ces visios professionnelles où, parfois, plus de 5 personnes sont autour d’une table à parler de la reprise sans aucune protection des voies respiratoires…

L’exemplarité n’est pas là et nous voudrions que nos enfants portent celle-ci sur leurs épaules.

Le protocole sanitaire est l’exemple du document administratif « réglé » plutôt qu’axé sur le terrain. Incapable de la réaliser par elle-même, l’éducation nationale s’est rapprochée d’un bureau international « bureau véritas ». Tant mieux pour cette société, mais cela met en avant l’incapacité de ce ministère à fédérer et utiliser ses ressources.

Le monde de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur est composé d’experts en gestion des risques. Des formations à la prévention des risques sont délivrées depuis les BAC professionnels jusqu’à la réalisation de thèses de doctorats… je suis passé par un IUT puis un BAC +5. J’avais été sollicité pour de l’enseignement en Bac pro l’année passée et j’interviens en Master dans le domaine de la gestion des risques.

Il existe une multitude de ressources au sein des structures de l’enseignement technique et supérieur pour accompagner pratiquement la mise en place de ces règles dans les écoles. L’absence de gestion des ressources humaines rend impossible l’utilisation de ces compétences en ce moment. Certes, quelques enseignants seraient en décalage avec le terrain par leurs approches trop théoriques. J’y vois surtout la capacité d’avoir des compétences pour échanger et trouver les compromis les plus viables possibles.

Prescrire sans accompagnement est le propre d’une organisation centralisée à outrance. Il est primordial d’accompagner nos enseignants, les collectivités et leurs agents ainsi que les parents pour les rassurer.

La prévention est un métier, elle n’est pas faite de bon sens (allez comparer le bon sens d’une personne d’un département rural à celui d’un citadin, vous comprendrez).

La prévention se base sur des faits. Elle évalue et propose, oriente.

J’ose même proposer que les préventeurs de toutes les entreprises soutenues par l’Etat aillent soutenir, en retour, leurs collectivités en difficultés face à cette reprise.

Aujourd’hui, on laisse des personnes faire, avec leurs moyens, mais sans critique externe qui permette d’ajuster les pratiques.

Ce protocole sanitaire tel qu’il est, est insuffisant.  

Il existe un véritable enjeu économique à la réussite de ce déconfinement. On fait, indirectement, porter cette reprise sur une population jamais formée aux risques et des collectivités inégales dans leurs gestions des risques humains et sanitaires.

Cette réussite est avant tout basée sur des changements de comportements et on ne change pas les comportements d’élèves, enseignants et de collectivités en claquant des doigts. La gestion du changement s’accompagne et toute personne agissant au sein des organisations sur ce sujet le sait et en convient.

Les enseignants doivent appliquer des fiches pratiques mais sans aucune formation concrète ni accompagnement concret. On envoie des personnes en première ligne sans aucune formation sur le risque sanitaire, les mesures de prévention ou de protection.

Aussi cette reprise annoncée le 12 mai ne peut se faire d’un seul coup.

Une reprise de ce type ne peut être que progressive :

  • En durée : pas plus de 3h les premiers jours (le port éventuel du masque et les règles sanitaires sont très fatigantes dans le cadre d’un changement).
  • En quantité : pas plus d’un tiers des classes pour éprouver les process envisagés, la première semaine.
  • En qualité : est-on en capacité à « désinfecter » tous les locaux concernés de manière correcte et en combien de temps ?

 

Un agent de collectivité en milieu rural n’est pas formé à la désinfection ou alors que très rarement. On va demander à des personnes novices dans la désinfection de porter le poids d’un nettoyage « vital » sur leurs épaules, n’est pas une situation inconfortable et incertaine pour les agents, les enseignants et les élus ?

Malgré tout, je suis pour la reprise car le propre de l’Homme est de s’adapter.

Je suis cependant très circonspect sur la manière de faire et les impacts de nos choix. L’Etat dans son obligation de moyens, a minima, oubli le pan Humain voire organisationnelle de ces changements (cette réforme).

Les entreprises sont mieux outillées et disposent de fédérations, syndicats professionnels et relais pour s’organiser, évaluer, s’équiper et trancher. Peut-être certaines ont-elles pris des décisions extrêmes allant jusqu’à des distances de sécurité sanitaire de 3m.

Une collectivité en France est avant tout de petite taille. On fait reposer cette organisation et cette responsabilité à nouveau sur les élus. On demande plus mais l’Etat leurs retire leurs revenus et leurs dotations. Ainsi de plus en plus dépendante, la collectivité devient exécutante dépourvue de pouvoir et avec les responsabilités non assumées au plus haut niveau.

Merci de vos commentaires.

Jerome

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